Phobie scolaire : quand l’école devient source d’angoisse chez l’enfant ou l’adolescent

« Je ne veux pas aller à l’école. »

Cette phrase, beaucoup de parents l’ont déjà entendue. Elle peut traduire une fatigue, une contrariété, une difficulté passagère ou simplement l’envie de rester à la maison.

Mais parfois, derrière ce refus se cache tout autre chose.

Le matin devient une épreuve. Les maux de ventre apparaissent au moment de partir. L’enfant pleure, s’agite, se met en colère ou reste comme paralysé. L’adolescent ne parvient plus à franchir le portail du collège ou du lycée. Le dimanche soir devient difficile. Les absences se multiplient.

Et, peu à peu, toute la vie familiale finit parfois par s’organiser autour d’une même question :

« Ira-t-il à l’école demain ? »

On parle couramment de phobie scolaire.

Les professionnels utilisent également l’expression refus scolaire anxieux, car l’école elle-même n’est pas nécessairement l’objet de la peur. Ce sont parfois certaines situations associées à la scolarité qui deviennent tellement anxiogènes que l’enfant ou l’adolescent cherche à les éviter.

Fiche de synthèse PDF – Phobie scolaire et refus scolaire anxieux
Chemin traversant une prairie fleurie, symbole du cheminement face à l'anxiété scolaire

La phobie scolaire n’est pas un caprice

Un enfant qui souffre d’un refus scolaire anxieux ne cherche pas simplement à obtenir quelques jours de vacances supplémentaires.

Il peut parfaitement avoir envie de poursuivre sa scolarité, de retrouver ses amis ou de réussir ses études… et pourtant être incapable, à ce moment-là, d’entrer dans sa classe.

C’est parfois ce paradoxe qui déroute le plus les parents :

« Il dit qu’il veut y aller, mais au moment de partir, il n’y arrive plus. »

L’anxiété est pourtant, à l’origine, une émotion normale. Elle permet d’anticiper une difficulté ou un danger et prépare l’organisme à y faire face. Chez l’enfant comme chez l’adolescent, certaines inquiétudes font donc partie du développement.

L’anxiété devient problématique lorsqu’elle devient trop intense, qu’elle perdure ou qu’elle commence à empêcher le jeune de vivre normalement : aller à l’école, rencontrer les autres, dormir, apprendre, sortir de chez lui ou participer à ses activités habituelles.[1]

Quand le corps parle avant les mots

Chez l’enfant, et parfois même chez l’adolescent, l’anxiété ne se raconte pas toujours avec des mots. Elle peut commencer par se manifester dans le corps.

  • maux de ventre ou de tête ;
  • nausées ;
  • sensation d’oppression ;
  • tremblements ;
  • accélération du rythme cardiaque ;
  • difficultés à dormir ;
  • fatigue importante ;
  • pleurs ou crises au moment du départ ;
  • sensation de panique.

Ces manifestations peuvent être particulièrement fortes le matin avant l’école, le dimanche soir, avant une évaluation, une prise de parole devant la classe ou à l’approche d’une situation redoutée.

Un avis médical reste naturellement important lorsque des symptômes physiques apparaissent ou persistent.

Mais lorsqu’ils surviennent principalement autour de certaines situations scolaires, il peut également être utile de s’interroger sur ce que l’enfant ressent et sur ce qu’il redoute. Cette façon dont le corps peut exprimer ce qui ne trouve pas encore ses mots rejoint plus largement le travail autour des émotions de l’enfant.

Mais de quoi a-t-il peur exactement ?

C’est probablement l’une des questions les plus importantes.

Car il n’existe pas une seule phobie scolaire.

Pour un enfant, quitter son parent peut être insupportable. Pour un autre, ce sont les relations avec les autres élèves qui provoquent la peur. Un adolescent peut redouter le regard des autres, une humiliation, une mauvaise note, une interrogation orale ou simplement le fait d’entrer dans une cour pleine d’élèves.

Derrière un refus scolaire anxieux peuvent donc se cacher des mécanismes très différents.

L’anxiété de séparation

L’enfant peut craindre de quitter ses parents ou redouter qu’un événement grave se produise lorsqu’il est loin d’eux. La difficulté scolaire apparaît alors principalement au moment de la séparation.

L’anxiété sociale

Le jeune peut craindre d’être observé, jugé ou critiqué. Répondre à une question, manger à la cantine, entrer dans une classe, passer devant un groupe ou participer à une activité peut devenir particulièrement difficile.

L’anxiété de performance

La peur de se tromper, d’obtenir une mauvaise note, de décevoir ou de ne pas être « à la hauteur » peut progressivement transformer la scolarité en une succession d’épreuves.

Une anxiété plus générale

Chez certains enfants ou adolescents, les inquiétudes concernent de nombreux domaines : l’école, la famille, la santé, les erreurs possibles, l’avenir ou encore le regard des autres. La scolarité devient alors l’un des endroits où cette anxiété se manifeste avec le plus d’intensité.[4]

Toujours chercher ce qui se passe derrière le refus

Un refus scolaire ne doit pas être interprété trop rapidement comme un trouble anxieux isolé. Il est également important de rechercher ce qui se passe réellement autour de l’enfant ou de l’adolescent.

  • harcèlement scolaire ou cyberharcèlement ;
  • difficultés relationnelles ;
  • difficultés d’apprentissage ;
  • troubles neurodéveloppementaux ;
  • événement familial ou scolaire difficile ;
  • épuisement ;
  • dépression ;
  • faible estime de soi ;
  • peur de l’échec.

C’est pourquoi accompagner un enfant qui ne va plus à l’école ne peut pas se résumer à lui demander :

« Pourquoi tu ne veux pas y aller ? »

Il faut parfois du temps pour comprendre ce qu’il ne parvient pas encore à dire.

Le piège de l’évitement : rester à la maison soulage… mais peut entretenir la peur

Le fonctionnement de l’anxiété possède un mécanisme parfois trompeur. Imaginons un adolescent extrêmement anxieux à l’idée d’aller en cours. Plus l’heure du départ approche, plus son niveau d’anxiété augmente. Puis il apprend qu’il peut rester chez lui. Presque immédiatement, la tension diminue.

Son cerveau enregistre alors quelque chose de très puissant :

« Lorsque j’évite l’école, je me sens mieux. »

Ce soulagement est réel. Mais il peut involontairement renforcer l’évitement. Lors de la prochaine situation, le cerveau proposera donc encore plus rapidement la même solution : éviter ce qui provoque la peur.

C’est ce que l’on appelle en psychologie comportementale un mécanisme de renforcement négatif.

Ce qui soulage immédiatement l’anxiété peut parfois contribuer à la maintenir à plus long terme.

Pour autant, cela ne signifie pas qu’il faille forcer brutalement un enfant en état de panique à retourner dans sa classe. L’enjeu est plutôt de l’aider progressivement à retrouver suffisamment de sécurité et de ressources pour pouvoir affronter ce qu’il évite.

Comprendre avant de vouloir faire disparaître le symptôme

Lorsqu’un enfant ou un adolescent n’arrive plus à aller à l’école, l’objectif ne devrait pas être uniquement de faire disparaître les absences. La première étape consiste à essayer de comprendre.

  • Que se passe-t-il avant le départ ?
  • Quelles pensées traversent son esprit ?
  • Que ressent-il dans son corps ?
  • Quelles situations scolaires sont particulièrement difficiles ?
  • Que redoute-t-il ?
  • Que pense-t-il qu’il va arriver ?
  • Qu’évite-t-il ?
  • Que se passe-t-il lorsqu’il reste à la maison ?
  • Y a-t-il eu un événement déclencheur ?
  • Comment se passent les relations avec les autres élèves, les enseignants et à la maison ?

Cette exploration permet progressivement de comprendre ce qui entretient la difficulté et de construire un accompagnement adapté. Car derrière deux adolescents qui ne vont plus au collège peuvent se cacher deux histoires totalement différentes.

Papillon posé dans la lavande, symbole de transformation et de cheminement

Comment la TCC peut-elle aider face à l’anxiété scolaire ?

Les thérapies cognitivo-comportementales — ou TCC — s’intéressent notamment aux interactions entre :

Situation → pensées → émotions → sensations corporelles → comportements

Dans le cadre d’une anxiété liée à la scolarité, le travail thérapeutique peut notamment aider l’enfant ou l’adolescent à :

  • mieux comprendre le fonctionnement de son anxiété ;
  • identifier ce qui la déclenche ;
  • repérer les pensées qui amplifient la peur ;
  • comprendre ses réactions corporelles ;
  • apprendre des outils de régulation émotionnelle ;
  • travailler certaines pensées anxieuses ;
  • renforcer progressivement son sentiment de compétence ;
  • affronter par étapes les situations jusque-là évitées ;
  • travailler une éventuelle anxiété sociale ;
  • diminuer l’anxiété de performance ;
  • préparer progressivement le maintien ou le retour à la scolarité.

L’objectif n’est pas nécessairement de faire disparaître toute anxiété. Il s’agit plutôt d’apprendre à ne plus lui laisser toute la place.

Les interventions cognitivo-comportementales font partie des approches étudiées dans les difficultés de fréquentation scolaire, notamment autour de la compréhension des mécanismes d’évitement et de l’exposition progressive aux situations anxiogènes.[5]

Carnet et fleurs séchées évoquant le travail thérapeutique et la réflexion

Quelle place pour les parents ?

Face à la souffrance de leur enfant, les parents se retrouvent parfois pris entre deux discours :

« Il faut le pousser. » / « Il ne faut surtout pas le brusquer. »

La réponse se situe rarement dans l’un de ces deux extrêmes. Il ne s’agit ni de nier la souffrance, ni d’organiser durablement toute la vie familiale autour de l’évitement.

Le rôle des parents peut notamment être de reconnaître l’émotion tout en maintenant la possibilité d’avancer.

« Je vois que c’est très difficile pour toi. Nous allons essayer de comprendre ce qui se passe et chercher ensemble comment avancer. »

Les parents peuvent ainsi devenir de véritables partenaires du travail thérapeutique. Selon les situations, un soutien à la parentalité, une coopération avec l’établissement scolaire, le médecin traitant ou d’autres professionnels accompagnant l’enfant peuvent également être utiles.

Retrouver l’école… parfois par petits pas

Lorsque l’évitement scolaire s’est installé depuis quelque temps, demander immédiatement un retour à une semaine complète de cours peut représenter une marche beaucoup trop haute. Le travail peut alors consister à construire une progression.

  • retrouver un rythme régulier le matin ;
  • se préparer pour sortir ;
  • sortir de chez soi ;
  • s’approcher de l’établissement ;
  • entrer dans l’établissement ;
  • rencontrer un adulte référent ;
  • rester pendant une durée limitée ;
  • reprendre certains cours ;
  • augmenter progressivement le temps passé à l’école.

Chaque situation reste naturellement individuelle. Il ne s’agit donc pas d’appliquer mécaniquement un programme identique à tous.

« Je peux ressentir de l’anxiété et malgré tout avancer. »

Quand demander de l’aide ?

Quelques journées difficiles ne signifient évidemment pas qu’un enfant développe une phobie scolaire. En revanche, il peut être utile de chercher de l’aide lorsque :

  • les manifestations anxieuses se répètent ;
  • l’enfant souffre beaucoup avant d’aller à l’école ;
  • les symptômes physiques deviennent fréquents ;
  • les absences augmentent ;
  • il évite de plus en plus de situations ;
  • son sommeil se dégrade ;
  • son alimentation change ;
  • il s’isole ;
  • son humeur se modifie fortement ;
  • la vie familiale commence à s’organiser entièrement autour de la question scolaire ;
  • les parents sentent simplement qu’ils ne savent plus comment l’aider.

Un médecin peut également être consulté afin d’évaluer les manifestations physiques et psychologiques du jeune et d’orienter, lorsque cela est nécessaire, vers les professionnels adaptés.

Derrière le refus, entendre ce qui ne peut pas encore se dire

Un enfant qui ne parvient plus à entrer dans son école n’a pas nécessairement perdu le goût d’apprendre.

Un adolescent qui reste enfermé dans sa chambre n’a pas nécessairement renoncé à son avenir.

Parfois, quelque chose est simplement devenu trop difficile.

Le symptôme vient alors dire, avec les moyens dont dispose le jeune :

« Là, je n’y arrive plus. »

L’accompagnement thérapeutique consiste à ne pas s’arrêter au refus. À comprendre ce qui se joue derrière lui. À mettre des mots sur ce qui était jusque-là vécu uniquement dans le corps, dans la peur ou dans l’évitement.

Puis, progressivement, à aider l’enfant ou l’adolescent à retrouver des ressources, de la confiance et une capacité à affronter ce qui lui semblait devenu impossible.

Non pas en lui promettant qu’il n’aura plus peur. Mais en lui permettant de découvrir qu’il peut apprendre à :

ne plus laisser la peur décider seule de son chemin.

Fleurs sauvages dans une lumière douce évoquant l'apaisement émotionnel

Être accompagné au Papillon et au Grillon

Lorsque l’école est devenue une source importante d’anxiété, l’accompagnement peut offrir à l’enfant ou à l’adolescent un espace où comprendre ce qu’il ressent sans être réduit à son comportement ou à ses absences.

Le travail thérapeutique peut permettre d’explorer ce qui déclenche et entretient l’anxiété, d’apprendre à reconnaître les réactions du corps et les pensées anxieuses, puis de construire progressivement des stratégies pour retrouver davantage de sécurité et de confiance.

L’accompagnement est adapté à l’âge, au rythme et à la situation de chaque enfant ou adolescent.

Parce qu’avancer ne signifie pas ne plus avoir peur. Cela signifie parfois simplement apprendre à faire un premier petit pas malgré elle.

À propos de l’autrice

Marjorie Perronnet, psychopraticienne et praticienne en thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Découvrir son parcours, ses formations et son cadre de pratique.

L’accompagnement peut avoir lieu au cabinet, à proximité de Saint-Gaudens, ou en visioconférence, lorsque cette modalité est adaptée à la situation.

Sources et ressources