Les émotions de l'enfant : une ressource pour grandir

Comprendre, accueillir, accompagner… et lui donner les clés pour s’épanouir.

Fiche de synthèse PDF – Les émotions de l'enfant
Petites fleurs blanches dans une prairie, évoquant la croissance et les ressources de l'enfant

Une colère qui explose pour un rien. Une peur qui prend toute la place. Des larmes qui arrivent sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. Un enfant qui se replie, s’agite ou semble ne plus parvenir à mettre des mots sur ce qu’il ressent…

Lorsque les émotions débordent, elles peuvent devenir difficiles à vivre pour l’enfant. Et parfois aussi pour ses parents.

Pourtant, une émotion n’est pas un problème à faire disparaître.

Elle est d’abord un message.

Apprendre à l’écouter, à la reconnaître et à comprendre ce qu’elle raconte permet peu à peu à l’enfant de mieux se connaître et de développer ses propres ressources.

Un enfant qui comprend ses émotions grandit avec plus de confiance.

Grandir, c'est aussi apprendre à comprendre ce qui se passe à l'intérieur de soi

Nous apprenons aux enfants à lire, à compter, à faire leurs lacets ou à traverser la rue.

Mais apprendre à reconnaître ce qui se passe à l’intérieur de soi est tout aussi important.

Pourquoi mon ventre se serre-t-il ?

Pourquoi est-ce que je me mets si vite en colère ?

Pourquoi ai-je envie de pleurer alors que je voudrais que cela s’arrête ?

Pourquoi est-ce que je n’arrive plus à réfléchir quand j’ai peur ?

Chez l’enfant, les émotions peuvent être particulièrement intenses parce que les capacités permettant de les comprendre et de les réguler sont encore en construction.

Santé publique France inscrit d’ailleurs la compréhension, l’identification et la régulation des émotions parmi les compétences psychosociales importantes pour le développement, le bien-être et la santé mentale des enfants et des jeunes.[1]

Une émotion n'est ni bonne ni mauvaise

Nous aimerions parfois pouvoir enlever la peur d’un enfant, éviter sa tristesse ou lui apprendre à « ne plus se mettre en colère ».

Mais ce n’est pas réellement ainsi que fonctionnent les émotions.

La peur peut nous prévenir que quelque chose nous inquiète.

La colère peut apparaître lorsqu’une limite semble franchie, qu’une situation paraît injuste ou qu’un besoin n’est pas entendu.

La tristesse accompagne certaines séparations, pertes ou déceptions.

La joie nous rapproche de ce qui nous nourrit et nous fait du bien.

Et même le dégoût possède une fonction de protection.

Une émotion donne une information et prépare également notre organisme à réagir. Santé publique France décrit précisément cette double fonction : informer et préparer à l’action.

Le travail n’est donc pas d’apprendre à l’enfant à ne plus ressentir. Il est de l’aider à pouvoir progressivement se dire :

Je ressens quelque chose. Je peux comprendre ce qui se passe en moi. Et je peux apprendre ce qui peut m’aider.

Derrière un comportement, il y a parfois une émotion qui ne trouve pas ses mots

Un enfant ne dit pas toujours : « Je suis inquiet parce que je ne me sens pas en sécurité dans cette situation. »

Il peut dire : « J’ai mal au ventre. »

Il ne dit pas forcément : « Je me sens dépassé et je ne sais pas comment retrouver mon calme. »

Il peut crier, claquer une porte, s’agiter ou fondre en larmes.

Il ne dira pas toujours : « J’ai peur de ne pas être à la hauteur. »

Il pourra simplement refuser d’aller quelque part ou répondre : « J’en ai pas envie ! » Lorsqu’un refus concerne spécifiquement l’école et s’accompagne d’une forte anxiété, la page sur la phobie scolaire et le refus scolaire anxieux apporte des repères plus ciblés.

C’est pourquoi il est parfois utile de regarder au-delà du comportement pour essayer de comprendre ce qui se joue derrière lui.

Quand faut-il être davantage attentif ?

Toutes les colères, toutes les peurs ou toutes les périodes de tristesse ne nécessitent évidemment pas un accompagnement thérapeutique.

Un enfant grandit, traverse des périodes de changement et expérimente continuellement de nouvelles situations.

Mais certains signes méritent que l’on s’y attarde lorsqu’ils deviennent répétés, intenses, durables ou qu’ils commencent à modifier sa vie quotidienne.

  • Il est souvent triste, anxieux ou très en colère.
  • Il semble ne plus parvenir à exprimer ce qu’il ressent.
  • Il se replie ou s’isole davantage.
  • Son sommeil devient difficile.
  • Il se plaint régulièrement de maux de ventre ou de tête sans cause médicale retrouvée.
  • Les émotions compliquent fortement sa vie à l’école ou avec ses camarades.
  • Les changements deviennent difficiles à supporter.
  • Les réactions émotionnelles prennent une place importante dans la vie familiale.

Pris isolément, ces signes ne signifient pas nécessairement qu’un enfant présente un trouble. Lorsque la peur ou l’inquiétude devient persistante, intense et envahissante, la page consacrée aux troubles anxieux permet d’en comprendre plus précisément les mécanismes.

Quelque chose est peut-être difficile pour lui en ce moment. Essayons de l’écouter.

Accueillir avant de vouloir calmer

Lorsqu’un enfant est envahi par une émotion, il n’est pas toujours disponible pour écouter une longue explication.

Lui dire « Calme-toi », « Ce n’est rien », « Arrête de pleurer » ou « Tu n’as aucune raison d’avoir peur » ne suffit généralement pas à faire disparaître ce qu’il ressent.

Parce qu’avant de pouvoir réfléchir à l’émotion, il faut parfois commencer par la traverser.

L’adulte peut alors devenir un point d’appui :

Je vois que c’est difficile. On va essayer de comprendre ensemble. Ton émotion peut être là, et je suis là aussi.

L’UNICEF souligne l’importance de relations sécurisantes et bienveillantes dans le développement des compétences sociales et émotionnelles de l’enfant.[3]

Chemin dans une forêt lumineuse, évoquant la compréhension des émotions et l'avancée pas à pas

Mieux se comprendre

Comprendre une émotion, c’est apprendre à observer plusieurs choses :

  • Ce qui s’est passé
  • Ce que j’ai pensé
  • Ce que j’ai ressenti dans mon corps
  • L’émotion qui est apparue
  • Ce que j’ai fait

Ce chemin permet peu à peu à l’enfant de mettre du sens là où il n’y avait auparavant qu’une sensation désagréable ou une réaction difficile à contrôler.

C’est également une des bases du travail que l’on retrouve en thérapie cognitivo-comportementale : comprendre les liens entre les situations, les pensées, les émotions et les comportements.

Développer ses ressources

Comprendre est une première étape. Mais comprendre ne suffit pas toujours.

L’enfant peut aussi apprendre quoi faire lorsqu’une émotion arrive.

  • Reconnaître et nommer son émotion.
  • Observer les sensations dans son corps.
  • Mieux comprendre ce qui la déclenche.
  • Apprendre à revenir progressivement au calme.
  • Exprimer ce qu’il ressent autrement que par le comportement.
  • Demander de l’aide.
  • Repérer certaines pensées qui amplifient son émotion.
  • Développer des réponses plus adaptées.
  • Retrouver progressivement confiance dans sa capacité à traverser les moments difficiles.

Ces apprentissages rejoignent directement les compétences émotionnelles décrites par Santé publique France : comprendre et identifier ses émotions, les exprimer de façon constructive et apprendre progressivement à les réguler.[2]

Et si le Papillon rencontrait le Grillon ?

Dans les outils que j’utilise avec les enfants, le Papillon et le Grillon accompagnent symboliquement ce travail.

Le Papillon, c’est ce qui bouge : les émotions qui arrivent, changent, repartent puis reviennent ; les pensées qui voltigent ; les transformations de l’enfant qui grandit.

Le Grillon, c’est ce qui permet de retrouver un rythme : observer, respirer, s’arrêter un instant, chercher ce qui peut aider et avancer par petits pas.

L’objectif n’est pas de transformer l’enfant en un enfant qui ne ressentirait plus rien. Bien au contraire.

Il s’agit de l’aider à découvrir que ce qu’il ressent peut être compris et qu’il possède des ressources pour y faire face.

Être soutenu

Parfois, quelques explications et quelques ajustements suffisent. Et parfois, les émotions ont pris tellement de place qu’un accompagnement extérieur peut devenir utile.

Celui-ci offre à l’enfant un espace où il peut déposer ce qu’il vit sans avoir peur de décevoir, d’inquiéter ou d’être jugé.

Selon les besoins, le travail peut associer :

  • De la psychoéducation, afin de comprendre ce qui se passe.
  • Des outils concrets et adaptés à son âge.
  • Des exercices issus des TCC.
  • Un travail autour des pensées, des émotions et des comportements.
  • Des moyens d’apaisement et de régulation émotionnelle.
  • Et, lorsque cela est pertinent, un travail conjoint avec les parents.

Les recommandations cliniques internationales reconnaissent notamment la place des interventions psychologiques et des TCC dans certaines difficultés émotionnelles de l’enfant et de l’adolescent, avec des modalités adaptées à son âge, son développement et sa situation.[5]

Et les parents ?

Parce qu’être parent, ce n’est pas facile…

Il est parfois très compliqué de savoir quoi faire lorsque son enfant souffre.

Faut-il rassurer ?

Mettre une limite ?

Laisser passer ?

Insister ?

Écouter ?

Réagir immédiatement ?

Et lorsque les situations se répètent, les parents peuvent eux aussi finir par se sentir démunis ou épuisés.

Les parents parfaits n’existent pas.

Un soutien à la parentalité peut donc aussi permettre de prendre du recul sur ce qui se joue entre l’enfant et ses parents, de comprendre certaines réactions et de retrouver des repères plus rassurants.

Il ne s’agit pas de chercher qui fait mal les choses.

Qu’est-ce qui pourrait nous aider à vivre cette situation autrement ?

Les Carnets du Papillon et du Grillon

Dans mes accompagnements, j’utilise notamment Les Carnets du Papillon et du Grillon.

Ils permettent à l’enfant de retrouver, séance après séance :

  • Des explications adaptées à son âge.
  • Des supports pour comprendre ce qu’il ressent.
  • Des outils concrets à expérimenter.
  • Des espaces pour observer ce qu’il vit.
  • Des petits défis permettant d’essayer autrement dans la vie quotidienne.

L’enfant ne reste ainsi pas uniquement dans ce qui a été dit pendant la séance.

Il peut repartir avec quelque chose.

Quelque chose qu’il a compris.

Quelque chose qu’il peut essayer.

Quelque chose auquel il peut revenir.

Pissenlit dans une prairie au soleil, évoquant la transformation, la croissance et l'autonomie de l'enfant

Parce qu'écouter aujourd'hui, c'est aussi l'aider à grandir demain.

Une émotion ne demande pas toujours une solution immédiate.

Parfois, elle demande simplement que quelqu’un puisse l’entendre.

Puis, progressivement, l’enfant pourra apprendre à l’entendre lui-même.

Comprendre. Accueillir. Expérimenter. Grandir.

Vous vous interrogez sur les émotions de votre enfant ?

Je reçois les enfants et les adolescents en accompagnement individuel à mon cabinet situé au Cuing, à proximité de Saint-Gaudens.

Lors d’une première rencontre, nous pourrons faire connaissance, comprendre ce qui vous amène et réfléchir ensemble à l’accompagnement qui semble le plus adapté.

L’accompagnement peut avoir lieu au cabinet, à proximité de Saint-Gaudens, ou en visioconférence, lorsque cette modalité est adaptée à la situation.

À propos de l’autrice

Marjorie Perronnet, psychopraticienne et praticienne en thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Découvrir son parcours, ses formations et son cadre de pratique.

Sources et ressources