Ma manière de travailler

Entre le Papillon et le Grillon

Au cabinet Le Papillon et le Grillon, près de Saint-Gaudens, ou en visioconférence, ma pratique s’inscrit dans une psychothérapie intégrative : mon orientation première est psychanalytique, que j’articule aux thérapies cognitives et comportementales (TCC) ainsi qu’à des outils de respiration, de relaxation et, lorsque cela est pertinent, d’exposition en imagination, dans la réalité ou en réalité virtuelle.

Lorsque j’ai choisi Le Papillon et le Grillon pour représenter mon cabinet, ce choix n’était pas seulement esthétique.

Ces deux petites figures racontent, à leur manière, quelque chose de ma façon de penser l’être humain, mais aussi de ma façon d’envisager la psychothérapie.

Dans La Fable du Grillon de Jean-Pierre Claris de Florian, que j’ai utilisée comme fil conducteur dans mon mémoire de psychopraticienne, un grillon observe un magnifique papillon. Il le regarde voler, briller, attirer tous les regards, et se compare à lui.

À côté de tant d’éclat, le grillon se trouve terne, sans talent, presque sans valeur.

Pourtant, leurs chemins sont simplement différents.

L’un est visible, l’autre discret.

L’un voltige, l’autre reste proche de la terre.

L’un attire le regard, l’autre chante lorsqu’on ne le regarde pas.

Et aucun des deux n’a moins de valeur que l’autre.

Cette histoire parle de quelque chose que je rencontre souvent dans mon travail : la difficulté à trouver sa propre place sans continuellement la mesurer à celle des autres.

Trouver sa place plutôt que rentrer dans une case

Nous nous construisons tous dans une histoire.

Avant même que nous puissions dire « Je », d’autres nous ont regardés, nommés, aimés, protégés, parfois blessés, et ont projeté sur nous leurs attentes, leurs peurs, leurs désirs ou leurs propres histoires.

Nous grandissons avec tout cela.

Peu à peu, nous construisons notre manière d’être au monde, d’aimer, de nous protéger, de nous mettre en retrait ou au contraire de chercher à être vus.

Certaines de ces façons de fonctionner nous ont été nécessaires. Elles ont parfois même constitué de véritables stratégies de survie psychique.

Mais ce qui nous a protégés hier peut aussi, parfois, nous enfermer aujourd’hui.

Nous pouvons alors nous retrouver à répéter les mêmes histoires, à choisir les mêmes places, à rencontrer les mêmes difficultés ou à avoir l’impression que, malgré tous nos efforts, quelque chose recommence encore et encore.

C’est souvent ici que commence le travail thérapeutique.

Non pas en cherchant ce qui serait « défectueux » chez une personne, mais en essayant de comprendre :

Pourquoi ai-je appris à fonctionner ainsi ?
Et comment ce fonctionnement continue-t-il à agir aujourd’hui ?

C’est précisément entre ce pourquoi et ce comment que se situe ma pratique.

Dénouer les fils du pourquoi…

Mon orientation première est psychanalytique.

Cela signifie que j’accorde une place essentielle à votre histoire, à votre parole, à ce qui se répète, à vos relations, à vos conflits intérieurs, mais aussi à ce qui peut parfois vous échapper.

Pourquoi cette situation me touche-t-elle autant ?

Pourquoi est-ce toujours à cet endroit que quelque chose se noue ?

Pourquoi ai-je tellement besoin du regard de l’autre ?

Pourquoi ai-je peur de décevoir, d’être abandonné, de ne pas être à la hauteur ?

Pourquoi est-ce que je reproduis quelque chose dont pourtant je ne veux plus ?

Le travail analytique ne consiste pas à chercher une explication toute faite dans le passé.

Il permet plutôt de tirer doucement sur les fils de notre histoire, d’observer comment ils se sont noués, et de comprendre comment certains d’entre eux continuent à relier notre passé à notre présent.

Mettre des mots sur ce qui se joue permet parfois de regarder son histoire autrement.

Et lorsque nous comprenons mieux d’où vient un mécanisme, nous pouvons commencer à ne plus le confondre avec ce que nous sommes.

…et travailler aussi sur le comment

Mais comprendre ne suffit pas toujours.

Nous pouvons parfaitement savoir pourquoi nous avons peur… et continuer à avoir peur.

Nous pouvons comprendre pourquoi nous évitons une situation… et continuer à l’éviter.

Nous pouvons identifier une répétition… et malgré tout nous retrouver encore dedans.

C’est pour cette raison que j’intègre également dans ma pratique les thérapies cognitives et comportementales — les TCC.

Elles viennent poser une autre question :

Comment cela fonctionne-t-il aujourd’hui ?

Que se passe-t-il dans mon corps ?

Quelle pensée traverse mon esprit ?

Quelle émotion apparaît ?

Que vais-je faire pour la calmer ?

Est-ce que je fuis ?
Est-ce que j’évite ?
Est-ce que je contrôle ?
Est-ce que je demande à être rassuré ?
Est-ce que je m’empêche d’agir ?

Et surtout : qu’est-ce qui entretient involontairement le problème ?

Nous pouvons alors travailler concrètement sur ces mécanismes et expérimenter d’autres manières de répondre.

Pour moi, psychanalyse et TCC ne s’opposent donc pas.

Elles regardent parfois le même nœud depuis deux endroits différents.

L’une aide à comprendre pourquoi les fils se sont noués.

L’autre permet d’observer comment ils tiennent encore ensemble aujourd’hui et comment nous pouvons commencer à les desserrer.

Le Grillon : prendre le temps de s'arrêter et d'écouter

Grillon posé sur une feuille verte, symbole d’ancrage et d’écoute intérieure

Le Grillon représente pour moi cette partie du travail.

Celle qui demande parfois de s’arrêter.

D’écouter.

D’observer ce qui se passe en soi lorsque, habituellement, nous cherchons plutôt à faire taire, à éviter ou à contrôler.

Il est proche de la terre, de l’ancrage, de ce qui ne se donne pas immédiatement à voir.

Son chant existe même lorsqu’aucun regard ne se pose sur lui.

Il me rappelle cette question essentielle :

Qui suis-je lorsque je ne cherche plus à être celui ou celle que je pense devoir être ?

Dans mon mémoire, le grillon se croit sans intérêt parce qu’il se regarde à travers la comparaison avec le papillon.

Il ne voit plus ce qu’il est ; il regarde ce qu’il n’est pas.

La psychothérapie peut justement permettre ce déplacement.

Non pas devenir un autre.

Mais apprendre progressivement à porter un regard différent sur soi.

À comprendre son histoire.

À reconnaître ses blessures comme ses ressources.

À découvrir parfois que ce que nous considérions comme une faiblesse était aussi une manière de tenir debout.

Et à entendre, peut-être, son propre chant.

Le Papillon : remettre du mouvement là où quelque chose s'était figé

Papillon Machaon posé sur une fleur, symbole de mouvement et de transformation

J’aime aujourd’hui prolonger la symbolique du papillon.

Il représente pour moi le mouvement, l’expérimentation et la possibilité du changement.

Une thérapie ne se déroule pas uniquement dans les mots.

Parfois, le corps doit lui aussi faire une nouvelle expérience.

C’est pourquoi je peux proposer, lorsque cela est adapté, des exercices de respiration, de relaxation ou de régulation émotionnelle.

Nous pouvons apprendre à observer autrement les sensations corporelles, à traverser une montée d’anxiété sans chercher immédiatement à la supprimer ou simplement expérimenter ce que cela fait de retrouver un peu de calme dans un corps constamment en tension.

Dans d’autres situations, nous pouvons travailler par mise en situation en imagination.

Imaginer progressivement une situation redoutée permet déjà au cerveau et au corps d’en faire une expérience différente.

Puis, lorsque cela est indiqué et que la personne est prête, nous pouvons aller vers des mises en situation plus concrètes.

Je peux également utiliser la réalité virtuelle, notamment dans certains travaux d’exposition.

Elle crée un espace intermédiaire très intéressant : nous ne sommes plus seulement dans l’imagination, mais nous ne sommes pas encore complètement confrontés à la situation réelle.

Nous pouvons approcher, observer, recommencer, ajuster.

Comme le papillon, quelque chose se remet progressivement en mouvement.

Ni rester Grillon, ni devenir Papillon

Et c’est probablement là que les deux se rejoignent le mieux.

Le but d’une psychothérapie n’est pas de transformer le grillon en papillon.

Le grillon n’a pas à devenir papillon pour avoir de la valeur.

Et le papillon n’a pas à renoncer à ses couleurs pour éviter le regard des autres.

Il s’agit plutôt de pouvoir être soi sans passer sa vie à se mesurer à ce que nous imaginons devoir être.

Pouvoir parfois se retirer et parfois se montrer.

S’ancrer et bouger.

Réfléchir et expérimenter.

Comprendre et agir.

Écouter ce qui vient du passé tout en apprenant à habiter davantage le présent.

Une solitude accompagnée

Chemin forestier dans une lumière douce, métaphore du cheminement thérapeutique

Je reste très attachée à une expression que j’avais utilisée dans mon mémoire : celle de « solitude accompagnée ».

La psychothérapie est un espace partagé, mais il s’agit profondément d’un rendez-vous avec soi-même.

Je ne suis pas là pour vous indiquer quelle personne vous devriez devenir.

Je ne connais pas à votre place le chemin que vous devrez emprunter.

Je peux en revanche marcher un temps à vos côtés.

Écouter ce qui se dit, mais aussi entendre parfois ce qui peine encore à se dire.

Questionner.

Faire des liens.

Vous proposer un autre angle de vue.

Vous aider à repérer une répétition.

Vous transmettre un outil lorsque celui-ci peut vous être utile.

Vous permettre d’expérimenter quelque chose de différent lorsqu’il devient nécessaire de sortir du seul registre de la compréhension.

La relation thérapeutique offre ainsi un cadre dans lequel il devient possible de s’approcher de soi avec un peu plus de sécurité.

Ne pas arracher la mauvaise herbe

Herbes sauvages baignées de lumière, métaphore de la singularité et de la liberté d’être soi

Une autre métaphore traverse mon mémoire : celle de la mauvaise herbe.

Nous appelons « mauvaise herbe » une plante qui pousse simplement là où nous ne voulions pas qu’elle pousse.

Elle n’est pourtant pas mauvaise.

Elle ne correspond seulement pas au projet du jardinier.

Cette image me parle profondément dans ma pratique.

Car nous arrivons parfois en thérapie convaincus qu’il faudrait supprimer une partie de nous-mêmes :

notre anxiété, notre colère, notre sensibilité, nos mécanismes de défense, nos contradictions, nos peurs ou certaines façons d’être.

Mais avant de vouloir arracher quelque chose, il me semble important de chercher à comprendre pourquoi cela a poussé là.

À quoi cela a-t-il servi ?

De quoi cela nous a-t-il protégé ?

Pourquoi cela revient-il encore aujourd’hui ?

Et surtout : avons-nous encore besoin de cette protection de la même manière ?

Le travail thérapeutique peut alors permettre non pas de devenir conforme, mais de devenir progressivement plus libre.

Libre de conserver certaines choses.

D’en transformer d’autres.

De renoncer à certains fonctionnements devenus trop coûteux.

Et peut-être de choisir davantage la place que nous souhaitons occuper.

Entre les racines et les ailes

C’est finalement ainsi que je pourrais résumer ma manière de travailler.

La psychanalyse m’aide à regarder les racines : l’histoire, les liens, les blessures, le désir, les répétitions et tout ce qui participe à notre construction.

Les TCC m’aident à travailler avec ce qui se passe ici et maintenant : les pensées, les émotions, le corps, les comportements et les expériences nouvelles que nous pouvons construire.

Le Grillon nous rappelle l’importance de nous arrêter suffisamment pour entendre ce qui se passe en nous.

Le Papillon nous rappelle qu’après avoir compris certaines choses, nous pouvons aussi essayer de bouger autrement.

Il faut parfois des racines pour pouvoir prendre son envol.

Et parfois accepter de voler différemment de ce que les autres avaient imaginé pour nous.

C’est dans cet espace, entre le Papillon et le Grillon, entre comprendre et expérimenter, entre notre histoire et ce que nous souhaitons en faire aujourd’hui, que je situe mon travail de psychopraticienne.

Pour poursuivre